Entretien avec Hosokawa Hideki

Hideki Hosokawa sur la plage de Marina di Massa (1987)

Cet entretien avec Hosokawa Sensei a été réalisé par Simone Chierchini  en 1988 et a été publié sur la Revue Aïkido de l’Aikikai-Italia. Malheureusement Maître Hosokawa est désormais absent des Tatamis depuis plusieurs années a cause d’une grave maladie pour toujours de pouvoir encore enseigner. Nous sommes surs en proposant ses paroles de faire plaisir a beaucoup de personnes

 di SIMONE CHIERCHINI

Simone dit a Paolo: « Prenons-le par surprise, portons-le avec d’autre pour déjeuner et tentons l’impossible : Il parleras….. »

Lui, c’est Hosokawa Hideki, Cagliaritain d’adoption, mais au fond encore tellement Japonais. Il vit en Italie désormais depuis quatorze ans ;cette terre lui as donné une famille, un nom important dans les Arts Martiaux, une longue liste d’élèves pour la plupart très attachés a sa personne, un Dojo tout a lui a diriger et aussi beaucoup de Responsabilités a supporter…
Notre pays n’as pas du être pour lui très facile a comprendre, au moins au tout début.
Catapulté d’une Province du Japon a la chaotique Rome, qui elle attendait comme un « Messie » un nouveau Tada, Maître Hosokawa dut donner tout de suite le meilleur de lui-même pour conquérir ‘ipso-facto’ ce nouveau et exigeant milieu. Alors , il dut aussi un peu forcer ses personnels principes Aikidoistiques et ses penchants naturels pour offrir a ses nouveaux élèves Italiens le « second Tada » que tous attendaient. Seulement que bien évidemment cela était impossible. Ce personnage n’était pas le sien et très rapidement il abandonna ce rôle et il commença a se refermer sur lui-même. Entre le Maître incompris et en plus méconnu, et une petite frange « d’élèves déçus » et superficiels, il se creusa très tôt un écart rendu très lourd aussi a cause des difficultés de communication. Le Dojo « mange Maîtres » encore une fois avait fait mouche et l’Ecole Centrale d’ici peu perdras un grand personnage outre qu’un grand Maître, encore avant de lui avoir donné l’opportunité de montrer son vrai visage.  Les cheveux du Maître devinrent gris, mais pas ses initiatives : un autre port,une autre destination l’attendaient. Nous voici a Cagliari, dans son Dojo, au consacrement définitif, a la famille et a la tranquillité. Ceci est déjà  l’histoire d’aujourd’hui….. Combien de son temps est dédié a l’étude son Aïkido même le dit. Un Aïkido très érudit, savant, riche de significations et de concordances, de rappels et d’allusions. Ce n’est pas un Aïkido facile, certainement très peu immédiat pour les moins experts, mais fascinant pour l’amateur plus attentif.

Hideki Hosokawa à sa bien-aimée Sardaigne

Presque tous les contestataires d’alors ont pris d’autres chemins. Qui, alors vit seulement les propres difficultés pour adapter les réactions du propre corps  aux propositions du Maître, ne peut que seulement regretter les occasions perdues, et de ne pouvoir aujourd’hui profiter de chaque moment passé en sa compagnie… Nous  savons bien que Hosokawa Sensei parle très peu. C’est un homme introverti et  méditatif ; il donne l’impression d’une profonde culture et d’une grande maturité intérieure, mais de sa part difficilement vous aurez l’occasion d’entendre quelque chose qui puisse révéler cet aspect de sa personnalité. Au maximum vous pourrez le percevoir, le ressentir. C’est un peu comme une musique qui dit ainsi : Zen……. Et c’est pour vous le faire connaître  d’un peu plus près que nous lui avons tendu un ‘piège’ : un petit souper après un entraînement, un petit groupe de pratiquants, un atmosphère entre copains, un Maître. L’entrevue ou plutôt le ‘papotage’ entre nous est né spontanément, presque sans que personne ne s’en rende compte, a part le ‘marionnettiste’ bien entendu !!!!

Post-leçon :
Une accueillante auberge Romaine, une pluie battante, fatigue du corps, vie de l’ âme. Une tablée de six personnes, Hosokawa en bout de table, vin blanc, spaghetti a l’Amatriciana, un brin de causette sans manières…

Paolo :
…… Un bon résultat pour vous Maître, 4° dan a vingt-huit ans !!! Mais au Japon le chemin pour la Ceinture Noire est plus court, les examens sont plus simples et il me semble aussi qu’existent un ou deux examens théoriques. Maître combien de temps personnellement avez-vous mis ?

Hosokawa :
Un an et demi. Mais il y a quelque chose qui peut plus ou moins allonger ce laps de temps. Chez nous, c’est le Maître qui invite l’élève a passer l’examen. Personne ne pourrait penser faire le contraire, aller demander a son propre Sensei de pouvoir passer l’examen.  Donc c’est le propre Sensei qui propose a son élève, même si ce doit être qui l’examinera. Au fond ce n’est pas plus mal. A mon avis il vaut mieux que ce soit un autre examinateur qui fasse passer cet examen. Le propre Sensei peut être influençable, il vit avec nous tous les jours, il connaît nos problèmes e nos limites, il nourrit des sympathies et des antipathies, en somme son jugement peut être dévié a cause de motivations externe au Tatami. Avec un examinateur externe, il n’y a pas d’alternatives, il devrait être impartial et si on est pas prêts, on est recalé. Stop. Ceci aussi est l’examen.

Paolo :
Ah !! Ne parlons pas de recalage, c’est une corde sensible…. !

Simone :
Je crois que chacun de nous dans son  ‘palmarès’ en as au moins un…..

Claude :
Je crois que je détiens le record. Je suis le seul au monde qui ait réussi a passer deux fois tous les examens du 6° Kyu au 1° Kyu !!!!!!

Le Maître Hosokawa sur le tapis du Dojo Central de Rome

Hosokawa :
Au Japon, un de mes amis très cher a un surnom bizarre. On l’appelle ‘six fois’, car il a été recalé six fois  a l’examen de Shodan…mais il est toutefois resté assez tranquille, après le rituel ‘maintenant j’arrête la pratique’ il se tranquillise et il continue son entraînement en cherchant de s’améliorer pour la prochaine tentative…

Paolo :
Un exemple plus unique que rare !!! En ce qui me concerne, je fut recalé par Maître Fujimoto.  Sur le moment j’avoue que je fut pris d’une funeste colère, je risquai une attaque aiguë de bile… Mais après, a froid en y repensant bien, je compris qu’évidemment il y avait un motif a cela. La douleur reste, mais le ressentiment, lui s’en va. Pour le moins, ce devrait être ainsi, même si je pense au fond de moi que cela ne se passe pas ainsi. Il m’est même arrivé d’avoir entendu quelques uns qui après des années, conservent encore pour le Maître qui les as recalés, une bonne dose de venin !!!!

Hosokawa :
Qui ne veut pas réussir a accepter le résultat négatif d’un examen, devrait avoir la force de s’arrêter un instant pour réfléchir sur soi-même, Peut-être qu’il en sortirait. Au contraire beaucoup, après un recalage, arrêtent de pratiquer, A mon avis ces personnes n’ont rien compris et ne comprendrons probablement jamais… Nos examens ne sont pas comme l’examen de Doctorat a l’Université. L’Aïkido  ne contemple pas le Doctorat, un but final. Il faut toujours aller de l’avant et la chose marrante est qui arrête de pratiquer, finit d’avancer… En plus, il faut considérer une chose : chacun de nous a son propre mode de juger et aucun prétends qu’il ne soit parfait.. Personnellement  je donne le maximum, mais je suis un homme et au fond je ne peux juger personne. Chacun de nous devrait honnêtement se juger soi-même.

Simone :
Mais pourquoi lors de nos ‘discutions’, on finit toujours par parler d’examens ? Chacun de nous affirme que ce n’est pas la chose la plus importante, mais a la fin nous leurs attribuons une signification excessive. Nous reversons sur l’examen toutes nos tensions qu’il nous est difficile d’éliminer, même au travers d’une pratique comme la notre, non compétitive et privée d’une reconnaissance extérieure de la propre valeur. C’est a dire, quelques fois je pense que l’Aïkido soit un Art trop raffiné et intelligent pour pouvoir être vécu pleinement par un Occidental. On n’élimine pas d’un seul coup un héritage séculaire d’agressivité et d’individualisme. Que pensez-vous Maître de ces fameux examens ?

Hosokawa :
Je crois que souvent nous devrions nous poser la question suivante : Voulons-nous pratiquer l’Aïkido ou préférons-nous  passer au Judo ? C’est a dire, sommes-nous dignes de pratiquer un Art, ou devons-nous nous contenter d’un Sport ? Pour mieux définir le problème des examens, je vous rappelle que Ueshiba Morihei disait que dans la pratique de l’Aïkido ils ne devraient pas exister car personne n’est en grade de pouvoir juger objectivement un autre. Je me répète : chacun juge soi-même ; alors la fonction de l’examinateur sera seulement un pro-forme et non pas un devoir ingrat. Si l’on veut l’examen a son importance, il devrait servir a solliciter a l’élève de sortir le meilleur de lui-même et donc il devient le moyen de progresser et de s’améliorer dans tous les sens. Certainement pour qui pratique la compétition, cela est plus facile. Dans ce cas là il existe la tension pour vaincre et le résultat est presque toujours mathématique :   2,15 contre 2,10 Ippon en haut, 2-0.1°, 2° et 3°, médaille d’or, d’argent et de bronze. Dans le Sport la chose qui compte est de gagner, peu importe comment, il est très peu intéressant de savoir que  pour obtenir un KO, on puisse détruire un personne…

Simone Chierchini, Doshu Ueshiba Moriteru et Hosokawa Hideki (Rome 1983)

Dans le Budo c’est différent. Il ne suffit pas de bien faire Shiho-Nage, il n’existe pas l’égalité Shiho-Nage parfait = 2,15 en haut = résultat maximum = victoire. La parole Budo a été bien traduite en Italien : Art Martial ; c’est un concept qui implique une série de catégories différentes, du haut et du bas, lent et rapide, esthétique et anti-esthétique, fort et faible. Ici avoir 20 ans ou 40 ans, être le plus rapide du monde, sauter 2,15 mètres en hauteur ne compte pour rien. Et que devrions-nous après, que qui ne rejoint pas le 9° Dan n’est capable de rien faire ?

Ivan :
Un recalage a un examen pourrais-être quelque chose de positif, d’utile pour nous-même.

Hosokawa :
Mon premier enseignant, Maître Sasaki m’as appris cela, que si tu veux recaler est une espèce de philosophie, dire non a quelqu’un est un peu comme le mettre en garde dans la vie quotidienne. Durant notre existence nos n’allons pas tout a fait toujours de l’avant. Même un pilote très habile, après avoir parcouru tranquillement des milliers de kilomètres vers son but, peut-avoir a l’improviste, besoin de faire une marche arrière pour éviter un obstacle, une voiture sans marche arrière le mettrait sérieusement en difficulté.

Rinaldo :
Est-il vrai qu’alors existaient ‘les promotions sur le champ de bataille’ ?, que le Maistre disait. « A partir d’aujourd’hui tu es 4° Kyu ? Je suis d’accord pour un examen car ceci est plus complet, mais souvent entrent en jeu plusieurs dénominateurs qui ont bien a voir a avec l’Aïkido  par exemple la peur, l’émotion, l’hystérie etc., etc.….. Même si dans tout les cas être recalé a un Baccalauréat, ou autre est sûrement bien plus important….

Hosokawa :
Vous m’obligez a me répéter : si pour un homme, un examen est vraiment important, qu’il ne cherche pas d’autre juge, qu’il soit assez fort pour pouvoir formuler tout seul le jugement. Je m’explique mieux : si je me diplôme en informatique, mais que j’obtiens la promotion injustement pour une erreur de l’examinateur, le dégât seras seulement le mien, parce-que lorsque une grosse entreprise internationale m’engageras et que je serais mis a l’épreuve, je ne pourrais tromper personne et je serais sûrement licencié. En bref, l’examen n’est jamais parfait ; on pourrait dire qu’il sert a rendre plus légers les pas de qui déjà marche tout seul… Au Japon, pratiquement personne ne vas outre le 8° Dan. Cela n’aurait aucun sens et je peux vous assurer que ça n’importe absolument rien a personne. Mais ici c’est source d’émerveillement et d’admiration immédiate :  wow, celui ci est 8° dan !!!!! Mais il n’est pas dit qu’un 9° Dan soit mieux qu’un 8° Dan. Ecoutons-les, connaissons-les même en dehors des Tatamis et ensuite décidons.

Paolo :
Je suis curieux de savoir comment vous étiez Maître, comme débutant, vos expériences d’alors et les motivations qui vous ont fait choisir cette activité, comment vous vous étes approché a l’Aïkido.

Hosokawa Hideki et Ikeda Masatomi

Hosokawa :
La première fois que je vit l’Aïkido fut a l’occasion d’une démonstration de Kobudo. Pour l’Aïkido il y avait alors le Maître Tanaka de Osaka. Ma première impression fut celle que tout le monde as lors de nos ‘Embukai’. C’est tout faux, tout bidon !! En outre j’étais déjà très impliqué dans le Kenjutsu et le Iaido que pratiquais mon grand-père. Ce soir-là l’exhibition de Iai fut très belle. Au centre de l’estrade fut dressé un gros rouleau de paille et le Maître en criant, d’un rapide te précis fendant de son Katana, comme un fétu traversa le rouleau de paille qui resta immobile pendant plusieurs secondes comme si rien ne l’avait effleuré. Simplement après il tomba… Ce fut une exécution parfaite du mouvement. Ah ! j’oubliais !!! Quand je vis pour la première fois de l’Aïkido ? J’avais quinze ans et je trouvai une espèce de bande dessinée sur la vie de ‘O’ Sensei. C’était un adjudant de l’Armée qui l’avait publiée alors que Ueshiba était militaire. Je me souviens que l’on y voyait ‘O’ Sensei soulever un homme avec un doigt…. Je fut profondément impressionné. L’année suivante je pus admirer ‘O’ Sensei en action durant la démonstration de Kobudo.

Paolo :
Et c’était comme dans la bande dessinée ?

Hosokawa :
Eh, eh, eh !!! non pas vraiment !!!

Paolo :
Maître, sa première leçon fut avec Maître Tada a l’Hombu-Dojo. Mais alors, au moins, l’Aïkido lui plut ?

Hosokawa :
Jugez vous-mêmes. Pendant la première leçon M° Tada me fit faire Tenkan pendant deux heures. Seulement cela et comme-ça durant une semaine entière. Je pensais qu’il ne se rappelais même  pas que j’existais. Puis finalement il vint vers moi et me dit : « Tu t’es ennuyé ? . Très bien, alors maintenant change avec ça » . Et pour me faire divertir comme il disait, il me laissa autant de jours a faire Kaiten… Compris ? Même pas Irimi- Tenkan. A ce temps-là a l’Hombu-Dojo, Irimi-Tenkan  n’existait pas. ‘O’ Sensei n’en as jamais parlé.

Ivan :
Mais le débutant Japonais ressemble au débutant Italien ? Donc même attitude de marionnette

Hosokawa :
Bien sûr. Absolument identique. Mais au Japon, qui veut pratiquer un Art Martial a plis de possibilités pour pouvoir choisir : Karaté, Shorinji-kempo, Aïkido, Kyudo, Kendo etc. etc….. En général on choisit la discipline qui se trouve le plus près  de là ou l’on habite . C’est souvent un choix dicté par des facteurs pratiques, en somme par commodité… Très peu choisissent  par pure passion !!

Paolo :
Quand vous étes venu en Italie, M° Tada vous as expliqué quelque chose ? Que vous attendiez-vous de trouver ?

Hosokawa :
Il ne m’as jamais rien dit. Je……

Un fort bruit métallique interromps la réponse. C’est le rideau de fer qui descend et Luigi arrive avec l’addition… ça ne fait rien, maintenant la glace est rompue. Notre ‘causette’ au prochain petit resto !!!

Traduction: Roland Guyonnet, Tokushima-Dojo Sassari

Intervista in Italiano: hosokawa-hideki-uomo-e-aikidoka/Parte 1

hosokawa-hideki-uomo-e-aikidoka-%E2%80%93-parte-2/

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Interview avec Hitohira Saito – Partie 2

Hitohira Saito: Taijutsu Kinonagare (Modena 2011)

Longtemps attendue, voici la seconde partie de l’entretien avec Saito Hitohira Sensei, dans laquelle nous retrouvons la relation particulière entre le père et le fils Saito, la scission avec l’Aïkikaï et la création de Dento Iwama Ryu, mais aussi l’étrange évolution des techniques Bukiwaza du Fondateur.

Versione Italiana

CHIERCHINI : La question suivante concerne la relation entre Morihiro et Hitohira: Quelle  relation “père-fils”, et parallèlement “professeur-élève”, aviez-vous ?

SAITO : Dans le dojo je ne me suis jamais tourné vers mon père en tant que “père”; je l’ai toujours appelé “sensei”, comme tout le monde. De même, dans le dojo il ne m’a jamais traité comme son fils. J’étais considéré comme tout le monde: un étudiant parmi les étudiants. Quand j’étais ceinture blanche, je nettoyais comme tout le monde, je n’avais aucun privilège.
A la maison je n’ai jamais posé de questions sur des sujets relatifs au dojo ou sur les techniques. En famille, nous ne parlions pas de waza [ndlr – techniques]:  si tel était le cas, mon père me rétorquait qu’il y avait l’herbe autour du temple à couper ou d’autres travaux d’entretien à faire.
Dans le dojo, nous avions donc une relation enseignant-élève, et à la maison, un relation familiale.

CHIERCHINI : Voyons à présent une question un peu délicate: celle de la rupture avec la Fondation Aïkikai et la naissance de la nouvelle organisation : Iwama Shin-Shin Aïki Shuren-kai.
On a raconté beaucoup de choses à propos de ces événements, mais je pense plus correct de vous demander directement votre version.

SAITO : Lorsqu’il est tombé malade et était sur son lit de mort, O’Sensei a appelé mon père, a joint les mains et a dit : “Saito-san, s’il te plaît prend soin du dojo et de l’Aïki-Jinja“. De ce fait, mon père est resté membre de l’Aïkikai et a pris soin des choses, conformément à la demandé de O’Sensei.

Morihiro saito di fronte all'Aiki Jinja Originale (1948)

A cette époque, en plus d’entretenir le dojo et le temple, mon père enseignait les techniques de Buki-waza [ndlr – techniques d’armes] et délivra des diplômes.
De son vivant, le fondateur avait confié à mon père un devoir à réaliser [ndlr – la transmission des techniques du fondateur] et un titre à respecter, celui de gardien de l’Aïki-Jinja.
Après la mort de mon père, l’Aïkikai m’a demandé de cesser d’utiliser ce titre et de ne plus donner de “diplômes de Bukiwaza“.
J’ai accepté, mais j’avais une requête : l’Aïkikai devait  publier dans son magazine, le Aïki-Shinbun, une déclaration selon laquelle la Fondation Aïkikai s’engagait à protéger l’Aïkido tel que développé à Iwama, en reconnaissant les différences avec celui pratiqué à Tokyo.
S’ils avaient entendu ma demande, je ne les mettais pas en porte-à-faux vis-à-vis des personnes qui avaient reçu un diplôme de mon père (pour une grande majorité des pratiquants étrangers).
Mais la Fondation Aïkikai n’a pas voulu répondre à ma demande.
Pour la famille SAITO, être reconnus en tant que protecteurs de l’Aïki Jinja de O’Sensei était très important : ce fut une source de fierté.
Il est nécessaire de reconnaître que l’Aïkido, tel que pratiqué au sein de l’Aïkikai, est différent de celui qui est enseigné à Iwama. Je voulais protéger et défendre cet enseignement, mais cela n’a pas été possible [au sein de l’Aikikai], parce que l’Aïkikai ne voulait pas reconnaître cette différence.
Je suis, en esprit, l’héritier de ces deux personnes qui m’ont précédés : O’Sensei et mon père Morihiro, qui a été proche du Fondateur toute sa vie durant, au point de recevoir la tâche de protéger le dojo et l’Aïki-Jinja. J’ai reçu cet héritage.
Aujourd’hui encore, nous sommes reconnaissants et nous vivons la présence de O’Sensei avec un grand respect.
L’Aïkikai a formé de nombreuses personnes variées, qui vivent l’Aïkido à leur façon, différemment de la nôtre. J’ai donc présenté mes excuses à UESHIBA Moriteru Sensei, lui disant qu’à l’avenir nous ferions les choses et pratiquerions l’Aïkido de notre côté.
C’est ainsi que les choses se sont passées.

CHIERCHINI : A ce sujet, il y a une autre question directement liée : celle des relations avec les autres enseignants occidentaux qui suivent la même tradition, et la controverse au sujet de la transmission de l’héritage d’Iwama en Italie et dans le monde.

SAITO : Déjà au temps de O’Sensei, il y avait plusieurs courants, souvenez-vous Tomiki, Yoshinkan, Ki-no-Kenkyukai, et Mochizuki Sensei.
Beaucoup de personnes sont venus à Iwama pour apprendre le Taijutsuet le Bukiwaza, et ensuite se sont engagés et ont fait de leur mieux pour transmettre ces techniques dans d’autres endroits.
Quand un arbre pousse, des branches se mettent à pousser.
Il ne m’appartient pas de dire que ceci ou cela n’est pas Iwama Ryu, je suis moi-même sorti de l’Aïkikai, je ne vais donc pas me prononcer à ce sujet.

CHIERCHINI : Excusez-moi de revenir sur le sujet précédent. J’appartient à l’école Aïkikai Hombu Dojo [ndlr. Dojo central de l’Aïkikaï à Tokyo] via l’Aïkikai de l’Italie, et mes relations avec Iwama Ryu sont récentes. Je dois avouer que je suis très en colère et j’ai la sensation d’avoir été trompé : pourquoi l’Aïkikai n’enseigne pas de Kihon et Bukiwaza d’Iwama Ryu?

Il Fondatore e Morihiro Saito pronti per il Bukiwaza nei campi di Iwama

SAITO : Avant la seconde guerre mondiale, O’Sensei n’avait pas encore codifié le système par lequel il allait transmettre ses techniques. Après la guerre, mon père était le seul à rester avec lui tous les jours et à pratiquer avec lui joken et yari. Les autres étudiants venaient pratiquer le soir [ndlr – soto deshi], tandis que les anciens élèves de O’Sensei – qui vivaient à Tokyo – suivaient ses leçons une journée, puis repartaient. Après la guerre, ces techniques n’ont pas été transmises [à Tokyo] pour plusieurs raisons, celles là notamment.
Aucun maître de l’Hombu dojo n’était capable de pratiquer les techniques d’Iwama comme mon père.
Cependant, je dois dire que lorsque O’Sensei allait enseigner à l’Hombu Dojo, il prennait son sabre et disait à quelqu’un: “Attaque-moi” !, et il montrait des techniques…. Il montrait certes les techniques, mais tout le monde n’avait pas le temps de pratiquer et essayer le bokken. Quand il a vu que les étudiants de l’Hombu Dojo prenaient le bokken et s’essayait à des techniques qu’il n’avait pas expliqué, il criait: “Vous êtes fou ! Qui vous a dit de faire cela ? Qui vous a dit de le faire?“. Il se mettait très en colère.
Le fondateur était très fier de sa propre pensée et ne permettait pas à quelqu’un de la “réinterpréter”.
[Saito sensei montre certaines pages du manuel de Budo de Morihei Ueshiba du 1935, NdT] Ici est écrit qu’il a exigé que dans son dojo, on pratique uniquement l’Aïkido et non le Iaïdo ou un quelconque autre art martial. Quand on est dans un dojo d’Aïkido, on fait de l’Aïkido ; si on veut faire du Iaido, on va dans un dojo de Iaido.
S’il voyait quelqu’un du Hombu Dojo un bokken à la main, il disait : “Tu n’as jamais été à Iwama, alors que fais-tu avec ce bokken ?!
Alors, peut-être, les étudiants de l’Hombu Dojo, se sont mépris sur ses intentions ; ils ont pensé qu’il était interdit de toucher le bokken, puisque O’Sensei se mettait en colère s’il voyait l’un d’entre eux le pratiquer. Son idée était plutôt que celui qui voulait faire du Iaido devrait aller dans un Dojo de Iaido, ou celui qui voulait pratiquer le Jodo, dans un dojo de Muso Ryu, etc.
L’Aïkido est plus que la voie des samouraïs, mais si vous vous dispensez du travail du sabre, vous ne pratiquez par l’art des Samouraï !
De plus, certains pensent que les armes ne doivent être pratiquées qu’à partir d’un certain niveau, pas nous. Tout doit être pratiqué, Bukiwaza et Taijutsu. Ceux qui ne sont pas d’accord avec cela devrait aller se plaindre à O’Sensei…
Pour être samouraï, on devait apprendre à monter à cheval, se battre à la lance, tirer à l’arc, manier un sabre… c’est évident, non ? L’équitation et le tir à l’arc nécessitent de très grands espaces. De plus, entretenir un cheval est très cher, mais il est possible de s’entraîner au bâton ou au sabre n’importe où, c’est pourquoi ils sont pratiqués [en Aikido].
On doit travailler avec les armes dès le début, parce que O’Sensei a créé des techniques à mains nues en lien très étroit avec celles aux armes, c’est là la marque distinctive de son travail.
Tout le monde peut le faire, les personnes de l’Aïkikai y compris. Je suis prêt à aider ; si vous le souhaitez, je suis là pour ça.

O'Sensei pratica ken suburi all'aperto

CHIERCHINI : Pour mieux le comprendre, les shihan d’école différente de l’Iwama Ryu, qui ont été envoyés pour enseigner dans le monde entier ces dernières 40-50 années, ont proposé leur propre bukiwaza, qui n’a rien à voir avec celle de O’Sensei.

SAITO : Parmi les shihan de “l’école Aïkikai”, certains ont appris leurs techniques d’arme de mon père, bien que je n’ai pas vu beaucoup d’enseignants lui rendre visite à Iwama. Kobayashi Sensei en est un, même si j’ai vu qu’il a développé des choses un peu différentes.

CHIERCHINI : Quelle est votre position, maître, par rapport à la dichotomie entre tradition et innovation dans l’Aïkido ?
Il est juste et bon de préserver l’Aïkido tel qu’il a été formulé par son fondateur, mais est-il aussi juste et approprié de continuer à le faire évoluer, ou faut-il juste préserver la tradition ?

SAITO : Je pense que l’innovation est inévitable. En cela, O’Sensei utilisait l’expression “Takemusu Aïki“, c’est-à-dire que les techniques surgissent spontanément et se multiplient ensuite.
Donc, si une dizaine de personnes apprennent d’un maître, parce que les gens ne sont pas tous égaux, il est inévitable que nous aurons dix résultats légèrement différents. Le fait que les choses changent au fil du temps est, je pense, inévitable.

CHIERCHINI : Pouvons-nous conclure sur un message d’espoir, d’encouragement de votre part, envers les débutants qui commencent le chemin de l’Aïkido aujourd’hui.

SAITO : Au Japon, depuis des siècles il y a une façon de faire : quand on veut apprendre d’un maître quelque chose, quelle qu’elle soit, nous ne nous précipitons pas dans le premier lieu venu. Au préalable, il y a une phase d’étude, de préparation… Si je suis intéressé par le tir à l’arc, si je veux faire du Kyudo, je vais regarder autour de moi, et je vais demander à d’autres pratiquants de me montrer, concrètement, le meilleur endroit où aller, puis de me présenter à l’enseignant.
Ce doit être l’attitude fondamentale de quelqu’un qui s’intéresse à un art martial.
Je suggère donc de visiter différents dojo pour voir quels y sont les types d’Aïkido pratiqués, et ensuite de choisir en fonction des attentes.
L’Aikido n’est pas seulement une activité physique, l’Aikido possède également un haut niveau spirituel, hérité du fondateur, O’Sensei UESHIBA.
Je pense que c’est une belle activité à entreprendre, et attrayante pour un débutant.
Les arts martiaux ne sont ni sports ni loisirs. L’idée de la mort y est toujours présente. C’est un concept fondamental que l’on avait toujours à l’esprit lorsque, dans les temps anciens du Japon, on décidait d’apprendre un art martial. De nos jours, il faut toujours avoir cela à l’esprit. (La pratique de l’Aikido n’est pas à prendre avec légèreté NdT).
Ce n’est pas seulement une activité physique ou corporelle : quand on le pratique, en ayant à l’esprit que nous sommes toujours près de la mort, l’art martial devient une activité de l’âme.
Une fois que vous avez intégré cela, vous êtes le bienvenu pour débuter en Aïkido.

Spiegazioni di Hitohira Saito al suo intervistatore

CHIERCHINI : Sensei, je tiens vraiment à vous remercier pour votre temps et l’attention que vous nous avez accordé.
Merci également au nom de la communauté italienne de l’Aïkido en général, indépendamment des fédérations, des maîtres et des styles.
J’espère que votre enseignement trouvera la place qu’il mérite ici.

SAITO : Arigato gozaimashita.

Réalisée avec l’aide de Marie B., Luca  Marchetti que je remercie vivement. 

Voir aussi:

Interview en italien
Diaporama des photographies prises lors de ce stage et de cette interview

 Traduction française – © 2011 esavalli aiki-dojo.fr
Pubblicato per la prima volta su
http://aiki-dojo.fr/interviews/interview-h-saito-sensei-2.html

Interview avec Hitohira Saito – Partie 1

Hitohira Saito: Ken Suburi (Modena, Italie)

A travers les nombreuses questions auxquelles Saito Hitohira Sensei a répondu, on peut se rendre compte de la connexion particulière qu’il y avait entre son père Saito Morihiro Sensei et le fondateur de l’aïkido, maître Ueshiba Morihei, auprès duquel il a vécu pendant vingt-six ans et avoir une idée de la relation père-fils et enseignants-élève, entre Morihito et Hitohira. Voici les explications de Saito Hitohiro Sensei concernant la scission avec l’aïkikai Hombu Dojo, mais aussi au sujet de l’héritage du fondateur sur l’Aïkido d’aujourd’hui et de ses perspectives dans un monde de plus en plus disharmonieux

par Simone CHIERCHINI

English Version

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Versione Italiana

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A l’occasion du Koshukai Dento Iwama Ryu Aikido international, qui s’est tenue à Modène les 24-25-26 Juin 2011, Simone Chierchini eu l’occasion d’avoir un entretien vidéo avec SAITO Hitohiro Sensei, fondateur de l’Iwama Shin Shin Aïki Shuren-kai (岩 间 神 信 合 气 修练 会), l’école fondée par Hitohira a la mort de SAITO Morihiro Sensei. L’entrevue, qui s’est déroulée dans les locaux de l’Utensileria Modenese, généreux commanditaire des Koshukai dirigé par SAITO Hitohiro Sensei, a eu lieu en la présence de l’état-major de l’Iwama Shin Shin Aiki Shuren-kai européennes et a été rendue possible grâce au travail précieux de Giancarlo Giovannelli, qui travaillé comme interprète. L’interview s’est déroulée dans les locaux de l’Utensileria Modenese.

CHIERCHINI : La première question que je voudrais vous poser, Sensei, ne s’applique pas à l’aïkido, mais plutôt l’actualité : aujourd’hui, vivant au Japon, que signifie pour le japonais moyen la tragédie de la catastrophe de Fukushima?

SAITO : Le tremblement de terre et le tsunami sont directement à l’origine de la catastrophe nucléaire de Fukushima. L’agence nucléaire mondiale a fini par révéler qu’il y a eu des défaillances dans la gestion de la centrale nucléaire. Il y a donc une part de responsabilité humaine dans ce qui est arrivé. Laissons cependant cela de côté. Au début de l’incident, les mesures des fuites radioactives émises par la centrale de Fukushima étaient d’un niveau très élevé. Mais heureusement aujourd’hui, le niveau de radiation dans les zones relativement distantes de la centrale est en train de baisser. Actuellement, les personnes qui sont les plus inquiètes sont les mères qui ont de jeunes enfants, parce que plus un enfant est jeune, plus les conséquences des radiations sont importantes. Immédiatement après l’accident, les autorités n’ont pas fournis des informations correctes. Ce fut une sorte de censure. Il s’en est suivi des plaintes et maintenant je pense que ce qui nous est communiqué est la vérité.

Trouver un meilleur équilibre avec la nature

Je vis dans la province d’Ibaraki, à environ 150 km de la ville de Fukushima et je pense qu’il n’y a pas de risques liés aux expositions à des radiations nucléaires : c’est une question de temps, bien sûr. De plus, l’accident nous a tous rendus plus sensibles au problème.

CHIERCHINI : Certains disent que ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Notre monde peu à peu devient de plus en plus éloigné de son état naturel et certains pourraient argumenter qu’il est devenu de plus en plus disharmonieux. Dans ce contexte, comment s’inscrit la pratique de l’aïkido en tant que chemin vers l’harmonie ? Quelle responsabilité les professeurs d’aïkido peuvent-ils avoir dans ce monde?

SAITO : Je ne sais pas si je peux fournir une réponse correcte. Les humains sont des éléments à part entière de la nature. Il y a une théorie selon laquelle, si l’homme disparaît de la planète, celle-ci reviendrait à son état initial, ceci est paradoxal. Le fondateur de l’Aikido pensait que l’espèce humaine avait un rôle dans la gestion de la nature, dans le but d’atteindre des conditions idéales.
Le fondateur avait l’habitude de parler de misogi, un acte de purification par lequel chaque session d’entraînement d’aïkido devait débuter. Quand un conflit interne naît, parfois, nous devons faire face à des choix. Si on a le pouvoir de décision c’est une bonne chose, car nous aurons un choix conscient à faire entre le bien et le mal. Je vis dans une zone rurale, loin de la zone de la catastrophe, cependant, au moment de la catastrophe nucléaire, j’étais capable de me rendre compte de la force de réaction de la nature. En pratiquant l’aïkido, si les élèves apprennent comment éviter les attitudes négatives et destructrices envers les autres, alors, très certainement, ils développeront également ce comportement vis à vis de la nature dont les êtres humains font partie.
O’Sensei prêchait la non-violence, si on agit ainsi, l’humanité pourrait revenir vers une situation plus équilibrée, avec plus harmonie entre les hommes et la nature.
La voie des guerriers, le Budo, et l’agriculture, le Nogyo, sont complémentaires : les deux préparent à affronter l’adversité.  Pour cela, il est important de commencer par les bases, c’est-à-dire le kihon.
Lorsque nous devons faire face aux caprices de la nature, nous devons tous collaborer pour résoudre le problème ou tout au moins en réduire ses conséquences.

CHIERCHINI : La question suivante nous amène plus en profondeur dans le monde de l’aïkido et spécialement sur l’aïkido d’Iwama. Sensei, pouvez-nous expliquer à nos lecteurs le rôle de votre père, Saito Morihiro Sensei vis-à-vis de l’enseignement du fondateur?

SAITO : Lorsque la seconde guerre mondiale se termina, mon père devint un élève au dojo de O’Sensei. A cette époque, mon père travaillait aux chemins de fer nationaux, il avait l’habitude de travailler durant la nuit et revenait à la maison au matin. En accord avec les habitudes d’alors, les personnes qui avaient travaillé la nuit avaient deux jours et une nuit consécutifs de repos. Il a donc pu passer beaucoup d’heures avec O’Sensei.

Morihiro Saito à un jeune âge

L’idée première de O’Sensei, lorsqu’il est venu à Iwama, était de pratiquer à la fois l’agriculture et le Budo, ainsi mon père aida O’Sensei au travail des champs. Le fondateur est né dans un pays où ceux qui enseignaient les arts martiaux vivaient avec leurs élèves, ces derniers vivaient avec leur professeur. Parce qu’ils étaient toujours ensembles, le professeur pouvait en venir à s’attacher à ses élèves qui vivaient dans les champs et s’entrainaient avec lui. C’est le système «uchi-deshi», où l’élève interne vit dans la maison de son Sensei. Mon père a expérimenté cela.

Le Japon d’après-guerre était un Japon pauvre : toutes les ressources avaient été épuisées pendant la guerre. Les élèves qui aidaient le fondateur avaient aussi leurs propres champs à cultiver, car il n’y avait rien à manger. Ceux qui ne voulaient pas ou ne pouvaient pas aider O’Sensei dans ses activités d’agriculture, peu à peu, ont abandonné, et on ne les a plus revu. Dans ces années là, dans la mentalité typique d’un japonais, ceux qui n’étaient pas capables, ou ne souhaitaient pas, aider le professeur dans les activités extra-dojo, n’étaient pas en mesure de recevoir un enseignement.
Mon père a eu la chance de pouvoir continuer à être aux côtés de son professeur, de sorte que des fois, alors même qu’ils étaient en train de cultiver le potager, si une nouvelle technique venait à l’esprit de O’Sensei, il posait la binette et disait : “Saito, va chercher le bokken dans le dojo“. Alors, au milieu des champs, ou ailleurs où qu’il soit, ils passaient de l’agriculture au Budo. Dans la soirée, les autres étudiants venaient au dojo – c’était les soto-deshi (étudiants externes) – et mon père devait régulièrement retourner travailler aux chemins de fer. Durant la journée, cependant, durant de nombreuses années, il pu voir et étudier avec précision les techniques du fondateur. A l’époque, l’idée de payer le professeur étaient inhabituelle. Les étudiants aidaient le professeur par leur travail manuel.
Puisqu’il n’y avait pas beaucoup d’argent et que O’Sensei lui-même n’était pas prospère, c’est le moins que l’on puisse dire, mon père et les autres étudiants organisaient des petites collectes et donnaient ce qu’ils pouvaient à l’épouse du fondateur, Hatsu, pour payer l’électricité. En faite, en réalité, O’Sensei ne gagnait pas d’argent. Il n’avait pas de revenus fixes, payer mensuellement son professeur n’était pas dans les mœurs. En dehors du travail des étudiants, le seul revenu financier de O’Sensei était les examens de grade : lorsque la remise de grade était finie, l’étudiant qui avait reçu le dan mettait un cadeau au pied dukamisama. De plus, lorsque O’Sensei rendait visite à d’autres dojos, pour ce que nous appelons aujourd’hui des stages, il recevait des «  remerciements  » en argent. Parfois, peu de temps après la fin de la guerre, certains étudiants avaient l’habitude d’apporter des sacs de riz afin de remercier O’Sensei pour son enseignement.
Mon père a toujours été proche de O’Sensei, et dans de nombreuses occasions, il a déclaré que son rôle était de transmettre tout ce qu’il avait reçu au contact du fondateur. Je le répète : c’est ce qu’il m’a toujours dit.

CHIERCHINI : Quels sont vos souvenirs du fondateur, Sensei, en particulier vos souvenirs de Ueshiba Morihei, d’un point de vue humain ?

SAITO : Mon père a reçu du fondateur une parcelle sur laquelle il a construit sa maison, ensuite, il se maria et par la suite, mes frères et moi-même sommes nés. Je me souviens que ma mère était toujours dans la maison de la famille Ueshiba pour les aider. Nous vivions donc, nous, tout petits, dans la maison de O’Sensei, parce que notre mère y était toujours.
La première fois que j’ai vu O’Sensei, ce n’était pas pendant qu’il donnait un keiko [cours]… je l’ai vu à ma naissance. J’ai entendu le kiaïde O’Sensei alors que je n’étais encore qu’un fœtus dans le ventre de ma mère. Je ne vois pas le fondateur comme quelqu’un d’étranger à ma famille : pour moi, il est d’une certaine façon mon grand-père.

Photo de famille: Morihei and Hatsu Ueshiba

C’était une personne qui avait quelque chose de spécial : si les aspects de la vie quotidienne qui le préoccupaient étaient communs, c’était une personne hors du commun. Mes parents se sont toujours adressés à lui de manière respectueuse et enfant, je ressentais la valeur de cette personne. Il se comportait toujours correctement, je ne l’ai jamais vu s’emporter. Même lorsqu’il avait bu, il prenait toujours la tasse des deux mains, remerciait les dieux et la reposait de ses deux mains, de façon formelle, selon la tradition japonaise. Nous côtoyions cet homme si révéré par nos parents, et de ce fait, nous étions toujours polis, parce qu’il était naturel que nous le respections. Il avait beaucoup d’aura autour de lui. Je garde une très belle image de O’Sensei et de son épouse.
Je ne les ai jamais considérés comme deux vieillards à l’identique des autres vieillards du village. Tous deux étaient très dévoués. Mme UESHIBA, étant née dans la période Meiji, une période historique de transition, était une personne qui faisait très attention à la nourriture et savait comment gérer l’argent du ménage.

(Fin de la première partie)
(A suivre)

 Traduction française – © 2011 esavalli aiki-dojo.fr
Pubblicato per la prima volta su
http://aiki-dojo.fr/interviews/2010-09-saito-part-1-modena.html